Relance : “Le PGE sera remboursé pour l’essentiel”, avance Nicolas Dufourcq (BPI France)

En ce début d’année 2021, les banques comme l’Administration ont désormais suffisamment de recul sur le dispositif du Prêt garanti par l’État (PGE) pour en tirer les enseignements mais aussi anticiper l’évolution de ses effets. Cette aide, lancée au printemps 2020 par le Gouvernement pour soutenir les entreprises confrontées à l’arrêt de leur activité en raison du premier confinement sanitaire, semble avoir été globalement bien accueillie par les banquiers comme par les professionnels, les premiers ayant eu fort à faire pour proposer aux seconds les outils les plus pertinents. La Banque publique d’investissement, BPI France, affirme ainsi avoir réalisé un exercice 2020 inédit, avec une activité dont l’ampleur n’avait jamais été aussi importante, et qui a débouché sur “un volume global de prêts très important”, d’après le directeur général de l’organisation, Nicolas Dufourcq. Le nombre de dossiers traités par ses équipes ont “littéralement explosé” l’année dernière, et “continue d’exploser” en 2021.

à lire aussi

 

Le PGE ne serait pas décaissé pour environ 65% des entrepreneurs qui l’ont souscrit

 

“Fin 2020, nous avons fait 10 milliards d’euros de crédits à l’investissement”, a-t-il affirmé lors de son audition par la commission des finances de l’Assemblée nationale, ce 20 janvier. Un chiffre à comparer aux 3 milliards qui couraient à l’époque de sa création, début 2012. Autre “grande nouveauté” de l’exercice 2020 : “le déploiement massif de petits prêts directs aux TPE, sans garantie, qui financent la partie immatérielle de l’investissement, et que nous avons appelé les prêts rebond, eux-mêmes adossés à des fonds de garantie entièrement financés par les conseils régionaux”, a expliqué Nicolas Dufourcq ; un dispositif qui a atteint quasiment le milliard d’euros. Pour l’heure, le “grand” succès des PGE ayant été au rendez-vous, les entreprises se retrouveraient “gorgées de liquidités crédit”, d’après le directeur général de BPI France. “Nous gérons les 660.000 lignes de garantie de l’État dans nos systèmes et sur nos plateformes. Le PGE continue de monter” à un rythme différent selon les semaines, et a atteint à ce jour un total de 120 milliards octroyés à 660.000 entreprises.

 

La mobilisation des établissements bancaires et des réseaux financiers a visiblement été “massive” dans le dossier des PGE, avec en parallèle “une grande reconnaissance” de la part des chefs d’entreprises. Mais d’après les retours du terrain, ce prêt ne serait pas décaissé pour environ 65% des entrepreneurs qui l’ont souscrit : “Le PGE reste un prêt ‘au cas où’ ; pas un prêt de confort, mais de prudence”, ce qui paraît logique au vu des très nombreuses incertitudes qui planent encore en ce début d’année. Malgré tout, les prévisions à terme ne sont guère encourageantes : selon une étude menée par la BPI en coordination avec la Banque de France, la “sinistralité potentielle” des PGE à 6 ans – comprendre la perte réelle finale pour l’État et les banques – serait comprise entre 4 et 7%. Un chiffre qui paraît “tout à fait raisonnable” aux yeux de Nicolas Dufourcq mais qui doit être relativisé dans la mesure où il ne prend pas en compte un éventuel impact de la deuxième vague, voire même celui d’une troisième vague de l’épidémie de Covid-19 en France. “Nous pensons que le PGE sera remboursé pour l’essentiel”, avance Nicolas Dufourcq. “Nous pensons aussi que probablement 50% des entreprises qui l’ont pris vont le garder pendant 6 ans car c’est un bon produit, pas cher, avec deux ans de différé.”

 

Un taux de recours de 20% pour un taux de refus de 3%

 

Le discours se veut également rassurant du côté des banquiers, comme en témoigne l’intervention de Maya Atig, la directrice générale de la Fédération bancaire française (FBF) et de l’Association française des banques (AFB) devant la délégation aux entreprises du Sénat, ce 21 janvier. Insistant sur le rôle des établissements bancaires auprès des professionnels, déjà bien avant que ne survienne la crise économique du Covid-19 (et a fortiori depuis), cette dernière a rappelé par exemple que l’Hexagone bénéficie de taux d’accès au crédit parmi les plus importants d’Europe. “Les PGE ont été distribués très rapidement et représentent aujourd’hui à peu près 130 milliards d’euros, sur une masse de crédits de l’ordre de 1.200 à 1.300 milliards d’euros, soit environ 10% de l’ensemble des crédits”, a-t-elle souligné. “Il faut noter que les PGE n’ont pas été demandés par toutes les entreprises : on est sur un taux de recours de 20% voire un peu moins, mais celles qui l’ont demandé l’ont obtenu dans l’immense majorité des cas puisqu’on est sur un taux de refus de 2,7/2,8 %.”

 

Selon Maya Atig, l’engagement des banques se serait donc vérifié au quotidien, sur le terrain, en prenant en compte les situations propres à chaque entreprise, et en proposant de fait des solutions personnalisées. De plus, l’augmentation des crédits a été de paire avec une hausse de la trésorerie des entreprises : d’après les chiffres de la Banque de France, “les crédits ont augmenté d’à peu près 175 milliards d’euros [entre mars et octobre], dont une centaine de milliards d’euros de PGE, et la trésorerie a augmenté de 174 milliards d’euros” dans le même laps de temps, ce qui veut donc dire que la dette nette des entreprises a progressé d’un milliard d’euros sur cette période. “La situation ne s’est pas dégradée de façon massive, la trésorerie reste solide”, assure la directrice générale de la FBF. Et de confirmer que plus de la moitié des entreprises ayant souscrit un PGE ne l’ont pas encore utilisé.

à lire aussi

 

Pas “d’inquiétude particulière” sur le remboursement des crédits

 

De même, les versements qui avaient pu faire l’objet de moratoires ont été quasi-intégralement honorés : selon la fédération, les “non-paiements” ne représentent qu’entre 1 et 5% des crédits ayant été reportés. À l’heure actuelle, l’enjeu pour la profession bancaire est donc de rembourser l’ensemble des crédits octroyés (et pas seulement les PGE), mais celle-ci n’a pas “d’inquiétude particulière” sur le sujet. Le système financier serait en effet capable, en l’état, d’absorber d’éventuels défauts de paiement. Au final, la vraie question que toutes les parties prenantes se pose est celle de l’accompagnement des entreprises vers les solutions les plus appropriées à leurs besoins.