“Il y a un mouvement irréversible vers le mesurage de la qualité des travaux”, A. Maugard

Après douze années (2009-2021) à la tête de Qualibat, Alain Maugard vient de passer la main à l’architecte Gérard Sénior. Auprès de Batiactu, il tire le bilan de cette dernière décennie, pour l’organisme qualificateur et plus généralement pour l’ensemble du secteur de la construction.

 

Batiactu : Que retenez-vous de vos douze années de mandat ?

 

Alain Maugard : J’ai bénéficié de l’héritage de Pierre Chemilliet à la tête de Qualibat. Il avait obtenu, avec l’accord des professionnels, la garantie de totale indépendance et d’impartialité de l’organisme dont le fonctionnement est contrôlé par le Cofrac. Cette situation permet une égalité de traitement pour toutes les entreprises, quelle que soit leur taille. Avec cette conviction que ce qui fait la qualité réelle d’une entreprise de bâtiment, c’est sa compétence technique, et non sa taille. J’ai récupéré et conservé cet esprit tout au long de mes trois mandats. Par ailleurs, la particularité de cet organisme, c’est qu’il a évolué en même temps que le secteur de la construction, et je crois même que sur certains points nous avons été initiateurs.

 

Batiactu : Quelles ont été les principales évolutions depuis 2009 ?

 

A.M. : Le premier grand évènement que je retiens, c’est bien sûr le Grenelle de l’environnement et ses suites. Le concept de bâtiment à énergie positive (Bépos) – qui devrait revenir au goût du jour dans le label qui accompagnera la RE2020 – a alors fait son apparition, avec cette idée qu’un bâti n’était pas seulement consommateur d’énergie, mais aussi producteur. Nous avons changé nos statuts pour en tenir compte. Le Grenelle a également lancé la dynamique qui débouchera sur la réglementation thermique 2012. Les acteurs ont ensuite rapidement compris qu’il fallait aussi s’attaquer aux consommations du parc existant, ce qui a fait germer l’idée du label Reconnu garant de l’environnement (RGE), initialement appelé Reconnu Grenelle de l’environnement. Qualibat a été très actif sur la définition de ce que devait être le RGE, en faisant des propositions aux pouvoirs publics, notamment celle de l’éco-conditionnalité.

“Nous avions 30.000 qualifiés avant le RGE, nous sommes passés à plus de 60.000”

Batiactu : Quel raisonnement a amené à la création du label RGE ?

 

A.M. : Tout ce pan de la qualification RGE constitue une véritable mutation dans la qualification du secteur. Car nous ne sommes plus dans une situation entre professionnels, avec un maître d’ouvrage professionnel ; nous nous soucions de petits travaux effectués chez des particuliers non-sachants. D’où l’idée de l’audit, qui n’existait pas auparavant. Sur les grands chantiers, le maître d’ouvrage ou l’architecte effectuaient naturellement, en quelque sorte, l’audit et la réception des travaux. Pour le RGE, nous avons fait appel à des auditeurs professionnels, en changeant complètement d’échelle : nous avions 30.000 qualifiés avant le RGE, nous sommes passés à plus de 60.000. Sont en effet arrivées les entreprises artisanales. Ce dispositif a d’ailleurs fait l’objet de nouvelles améliorations ces derniers mois, dans le cadre du plan de rénovation énergétique des bâtiments.

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