[Dossier Formation] #2 – Le secteur du BTP et de l’immobilier doit accélérer sa transformation !

A l’instar de tous les secteurs d’activité, le BTP et l’immobilier ne peuvent ignorer le contexte actuel et les conséquences de la crise à venir. Si les difficultés s’annoncent terrifiantes, les opportunités sont enthousiasmantes tant les défis qui se posent au secteur sont nombreux. La crise vient accélérer la nécessité d’enclencher la transformation du secteur en profondeur et dans toutes ses dimensions : économie, technologie, environnement, écosystème, services, etc.

L’équation à résoudre pour le secteur du BTP et de l’immobilier pourrait se résumer en comment construire plus et mieux à un coût abordable au regard des enjeux démographiques mondiaux.

Premier poste de dépense d’un ménage, le logement devient un enjeu-clé dans la situation actuelle. La crise économique risque de mettre le projecteur sur les anomalies éventuelles à la recherche des boucs émissaires. L’acceptabilité sociétale est déjà fortement en tension. Il n’est pas certain que la situation perdure. Potentiellement désignés comme responsables, les acteurs du BTP et de l’immobilier vont devoir agir vite pour mettre en évidence leur véritable valeur ajoutée.

D’un point de vue positif, cette situation est l’occasion pour le secteur de valoriser et d’accélérer son action en matière d’innovation. A titre d’illustration, les normes de sécurité et de confort conduisent  aujourd’hui à la production de meilleurs logements, les technologies déployées permettent un meilleur pilotage des équipements, une optimisation de la consommation des ressources et des énergies, ainsi qu’une meilleure gestion des opérations, l’exploitation des données génère de nouvelles opportunités en matière de personnalisation de l’expérience et de création de services, tant pour les occupants que pour les gestionnaires et les propriétaires.

Dans ce contexte, la révolution digitale représente un formidable potentiel de croissance et d’innovation pour le secteur de la construction, du bâtiment et de l’immobilier, sur toute la chaîne de valeur et sur l’ensemble du cycle de vie d’un bâtiment.

Si l’innovation digitale permet de créer des services à plus forte ajoutée, elle permet également d’aller dans le sens de la standardisation et de l’amélioration de la productivité du secteur, à l’image de ce qu’ont connu les secteurs de l’aéronautique et de l’automobile depuis les années 1970. Les fruits de cette révolution digitale peuvent ainsi se lire sur ces deux dimensions et les opportunités se trouvent immédiatement démultipliées. 

De fait, le Building Information Management et les technologies 3D deviennent clés pour le secteur du BTP et de l’immobilier, tant en conception qu’en gestion tout au long du cycle de vie du bâtiment.

Plus largement, les innovations digitales sont foisonnantes dans le secteur de la construction et de l’immobilier. Elles peuvent être classées en 9 dimensions comme le présente la matrice ci-dessous, qui se lit de bas en haut et de gauche à droite. 

Dans le détail, si on explore cette matrice proposée par Digital Morpho®, on retrouve les applications mobiles connectées aux plateformes digitales, les objets connectés (IoT), le data management (exploitation de données en masse), le Building Information Management (conception et gestion), la réalité virtuelle et augmentée, la robotisation et les drones (automatisation), l’impression 3D immobilière, la blockchain ou bien encore l’intelligence artificielle à plus long terme.

De nombreuses concrétisations existent d’ores et déjà sur chacune des dimensions de cette matrice. Vous pouvez en retrouver quelques illustrations dans le film « Le logement et les 9 dimensions de la transformation digitale », disponible sur la chaîne YouTube « Catalyseur de transformation® ».

D’un point de vue prospectif, la réalité du secteur et la crise actuelle pourraient encourager les acteurs du secteur du BTP et de l’immobilier au statu quo. Cette hypothèse pourrait alors rapidement conduire aux situations suivantes, telles que (liste non exhaustive) :

  • Le renchérissement des coûts de construction par la hausse du coût des matières premières, dans la mesure où le sable et l’eau sont déjà en tension sur les marchés mondiaux et cela va croissant,
  • Le renchérissement des coûts de construction du fait des contraintes sanitaires restrictives, du fait du ralentissement des chantiers généré par les règles sanitaires et de sécurité,
  • L’allongement des délais de construction et augmentation des besoins en fonds de roulement, compte tenu de la désorganisation des chaînes logistiques, 
  • L’altération du potentiel de la conception 3D du fait d’une mise en œuvre conventionnelle, le facteur humain devenant alors la première source de dégradation de la performance,

Le renchérissement des coûts de construction du fait d’un accès captif aux technologies, à savoir que Dubaï, l’Arabie Saoudite et la Chine veulent préempter l’impression 3D immobilière à terme notamment,

  • La perte de parts de marché rapide, voire un décrochage, des acteurs de la construction français, dans la mesure où ils seraient vite dépassés sans maîtrise autonome des nouvelles technologies dans le secteur du BTP et de l’immobilier.

D’un autre côté, l’exemple de vitesse de transformation réelle de Katerra est saisissant. Il mérite l’attention, si ce n’est la vigilance des acteurs du secteur. Après une première levée de fonds en 2019 de près d’un milliard de dollars US, alimentée par les fonds souverains saoudien et chinois, la start-up vient d’annoncer une nouvelle augmentation de capital à hauteur de 200 millions de dollars pour soutenir sa croissance, annonçant un chiffre d’affaires de près de 2 milliards de dollars en 2020.

Une fois les enjeux des transitions digitale et environnementale conjugués, de nouvelles opportunités économiques se créent et conduisent à l’émergence de nouveaux métiers, comme à titre d’exemple pilote de drones, pilote d’imprimantes 3D, data manager, éleveur de chatbot, etc. Ces nouveaux métiers supposent le développement de nouvelles compétences et de nouvelles disciplines.

La transformation du secteur passe par le développement des compétences et de la pédagogie

D’un point de vue pédagogique, les progrès récents en matière de neurosciences permettent de mieux comprendre les mécanismes d’apprentissage et invitent à reconsidérer les modalités pédagogiques sans compter l’intégration du format distanciel dans la durée. 

La pyramide ci-dessous présente le taux de rétention moyen selon la modalité d’apprentissage. Le cours magistral est la modalité la moins performante tandis que l’enseignement à un pair est la modalité qui permet le mieux à l’apprenant d’ancrer les éléments d’apprentissage, aussi bien théoriques que pratiques.

Par conséquent, cette situation invite tant les opérateurs de développement des compétences que les entreprises du secteur à accélérer dans l’évolution de leurs parcours de formation, dans les contenus, les médias, les pratiques ou bien encore dans la progression pédagogique.

Pédagogie active, inversée et apprentissage à un pair sont les clés de la réussite pour les opérateurs de formation. La transformation passe par l’action : le développement de projets et la production concrète permettent la matérialisation de résultats, autant de sources de motivation pour les apprenants et méthode constituant un substrat utile pour mettre en œuvre la démarche « essai/erreur ». En outre, ancrer les apprentissages à partir du vécu des apprenants, principe de la pédagogie inversée, permet de solliciter leur expérience, leur mémoire, ainsi que leurs émotions. La gamification revêt enfin un aspect ludique et émulateur efficace.

La connaissance technique doit s’accompagner également du développement de la posture et des compétences comportementales. En effet, il est essentiel d’inviter les apprenants à développer leurs capacités en matière de communication et de relation aux autres. L’apprentissage à un pair s’avère être un bon terreau pour s’essayer et développer ainsi ces compétences nécessaires à l’intelligence collective et au travail collaboratif, méthodes indispensables compte tenu de la complexité et du besoin de pluridisciplinarité des situations qui se présentent aux acteurs du BTP et de l’immobilier aujourd’hui.

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En synthèse, le défi est triple pour le secteur du BTP et de l’immobilier : 

  • intégrer ces innovations dans la chaîne de valeur implique rapidité et agilité pour les acteurs du secteur, afin de ne pas être déclassé face à la concurrence, 
  • développer les nouveaux métiers et les nouvelles compétences nécessaires à l’émergence de ces innovations devient essentiel pour garantir une vitesse de transformation soutenue,
  • faire évoluer les formations et les méthodes d’apprentissage devient vital de manière à octroyer aux acteurs les nouvelles compétences dont ils ont besoin dans les délais requis.

L’innovation dans le secteur du BTP et de l’immobilier est à la fois technologique, environnementale, digitale, mais également en matière de ressources humaines et de développement des compétences au service de la filière. L’innovation est foisonnante.

Le secteur du BTP et de l’immobilier en général, et chacun des acteurs qui le compose en particulier, doivent développer leur capacité à se transformer rapidement de manière à être en capacité de saisir les opportunités et à les concrétiser au mieux dans un contexte de concurrence internationale exacerbée. 

Si la transformation des acteurs du BTP et de l’immobilier se doit d’être rapide pour assurer le maintien et le développement d’avantages concurrentiels par tous les opérateurs, il est certain que cette transformation va aller en accélérant et en s’intensifiant. Il est donc vital pour l’ensemble du secteur de se mobiliser dès aujourd’hui.

Un article signé Arnaud Grasset, Directeur Général de Digital Morpho


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